Une histoire simplifiée du canal du Midi

Dans la construction des infrastructures de transport en France, deux inventions importantes vont permettre d’aménager des canaux artificiels, reliant les fleuves et rivières, pour faciliter la navigation et développer le commerce.

D’abord, l’amélioration de l’écluse à sas, inventée au Xème siècle, mais améliorée par Léonard de Vinci, puis au XVIème siècle, l’invention du concept de canal de navigation à bief de partage par Adam de Craponne.

La première réalisation de ce type fut le canal de Briare, construit par Hugues Cosnier et qui fut achevée en 1642.

Relier les deux mers

Joindre la mer Méditerranée et l’océan Atlantique a depuis la nuit des temps, donné lieu à de multiples projets. La création d’une voie navigable reliant la Garonne à la Méditerranée permettrait ainsi de développer les échanges et de raccourcir les délais de transports en évitant le périlleux passage par le Détroit de Gibraltar. Mais, aucun projet ne proposait de solution pour assurer de manière suffisante et toute l’année, l’alimentation en eau d’un canal de navigation.

Pierre Paul Riquet, natif de Béziers, fermier des Gabelles (impôt levé sur le sel) pour la Province du Languedoc, est âgé de cinquante-trois ans lorsqu’il décide, avec l’appui de son ami Monseigneur d’Anglure de Bourlemont, Evêque de Castres puis Archevêque de Toulouse,  d’écrire à Colbert, le puissant ministre des Finances de Louis XIV, pour lui exposer son projet de canal.

Pour son tracé, Riquet s’inspire de plusieurs projets présentés dans la première moitié du XVIIe siècle, restés sans suite à cause de l’absence d’un système pérenne d’alimentation en eau.

Le génie des eaux

Riquet va s’attacher à relever ce défi. Pour cela, il s’inspire de l’étude du castrais Thomas de Scorbiac qui, le premier, avait eu l’idée de prélever l’eau dans les nombreuses rivières de la Montagne noire. Avec l’aide du fontainier de Revel, Pierre Campmas, Riquet met alors au point un dispositif de captage des eaux du versant méditerranéen. Les ressources des rivières Alzeau, Bernassonne, Lampy et Rieutort sont captées et conduites sur le versant océanique. Là, elles sont stockées dans le réservoir de Saint-Ferréol, créé par Riquet, ou acheminées par la rigole de la plaine jusqu’au Seuil de Naurouze, à 189 mètres d’altitude.

Colbert, séduit par le projet de Riquet, qui assurait la puissance économique de la France en particulier à l’égard de l’Espagne, fait nommer par le roi Louis XIV et les Etats du Languedoc, une commission d’experts chargée d’en étudier la faisabilité.

Riquet, pour emporter la décision du ministre en démontrant la viabilité de son projet, décide de faire creuser, sur ses propres deniers, une rigole d’essai avec laquelle il compte démontrer la justesse de son idée.

En octobre 1666, la signature par le roi de l’édit de Saint-Germain, autorise la création du canal et les travaux sont confiés à Riquet. L’incroyable chantier va aller bon train, puisque le canal royal de Languedoc, devenu le canal du Midi à la Révolution, sera réalisé en seulement 15 ans ! Hélas, Pierre-Paul Riquet décède six mois avant la fin des travaux. Nous sommes en 1681.

Le grand chantier du XVIIIème siècle, après Versailles

12 000 ouvriers et ouvrières, un canal de 240 km de long, de 1,90 m de profondeur, 15 à 18 m de largeur au miroir (en surface) et de 10 m de largeur au plafond (fond du canal). 65 écluses et de nombreux ouvrages d’art remarquables (écluses à sas multiples, ponts, aqueducs, ponts-canaux et barrages), au premier plan desquels figure le barrage de Saint-Ferréol, plus grand réservoir d’eau artificiel du monde à cette époque, réalisé de 1667 à 1672.

L’entreprise est bâtie sur un mode de financement innovant, alliant les fonds propres de Riquet et des subsides publics. Pour s’assurer de la fidélité à la tâche des très nombreux ouvriers, Riquet teste, dans sa fonction d’entrepreneur, un dispositif social très avancé pour l’époque, prévoyant de payer les ouvriers pendant les périodes de maladie, d’intempéries et même les jours de fête qui stoppaient la bonne poursuite des travaux.

Le canal a progressivement été aménagé au cours du temps, notamment par Vauban qui apporta plusieurs modernisations comme la construction du pont-canal de Cesse ou la tranchée des Cammazes. Un siècle plus tard, en 1787, c’est un nouvel embranchement qui est ouvert, passant par Narbonne. Le canal est relié à la mer par le canal de Jonction, puis au niveau de Sallèles-d’Aude, le canal de la Robine jusqu’à Port La Nouvelle.

A Naurouze, un bassin octogonal permettant aux sédiments contenus dans l’eau de se déposer avant d’être introduites dans le canal, avait été aménagé par Riquet. Par un projet très ambitieux, il espérait bâtir une ville sur cet emplacement, avec la construction d’un port de commerce et des bureaux de marchands. Ce projet ne vit jamais le jour. En 1825, un obélisque est implanté à Naurouze pour rendre hommage au génie de Riquet.

Un patrimoine vivant

Outil dédié originellement au transport de marchandises, le canal du Midi a vu évoluer ses activités pour devenir aujourd’hui la destination phare en matière de tourisme fluvial, d’activités bord à voie d’eau et de transport d’eau pour les usages agricoles.

<p><strong>Le canal du Midi</strong>, un ouvrage patrimonial protégé</p>

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