La restauration des plantations du canal du Midi

Les alignements de platanes, créés à la fin du XIXème siècle, constituent un élément fort du paysage et de l’image emblématique du canal du Midi. Ils représentent également un véritable patrimoine arboré. A ce titre, leur valeur exceptionnelle a été retenue comme un des critères de l’inscription par l’UNESCO du canal du Midi au Patrimoine mondial de l’humanité en 1996 et du classement au titre des Sites français en 1997.

Aujourd’hui, les plantations du canal du Midi sont atteintes par la maladie du chancre coloré du platane.

Voies navigables de France met en oeuvre un plan de restauration des plantations du canal du Midi, avec le soutien des collectivités territoriales, du grand public et des entreprises au travers du Mécénat mis en place par VNF.

 

L’histoire des plantations du canal du Midi

Des rives sans arbres… aux premières plantations. 1680 / 1810

A sa construction par Pierre-Paul Riquet, le canal du Midi n’était pas bordé de longues lignées d’arbres. Des plantes héliophytes ou arbustes permettaient de maintenir les terres fraîchement remuées. Quelques arbres avaient été plantés proches de certaines écluses ou en bordure d’ouvrages.

Au XVII° siècle, un mémoire montre combien “M. Riquet pourrait tirer de grands avantages et gros revenus de tous les terrains des deux côtés du canal…”. Le canal connait alors, une série de campagnes de plantations d’arbres à des fins de commerce et d’exploitation du bois.

Les documents conservés aux Archives des canaux du Midi recensent, en 1772, la liste des variétés d’arbres “cultivés” qui ornent les deux rives du canal : mûriers (pour la culture du vers à soie), saules, peupliers, ormes, chênes, frênes, oliviers, aulnes et arbres fruitiers. Autour des grandes villes, des pépinières s’organisent pour fournir les plants nécessaires. Pendant la première moitié du XIX° siècle, des campagnes de reboisement sont lancées par les services gestionnaires du canal. Le double alignement d’arbres commence alors de dessiner le canal dans le paysage.

Du platane… au classement UNESCO 1850 / 1996

La Compagnie des Chemins de Fer du Midi (1858-1898), gestionnaire du canal du Midi, met en œuvre la première gestion des plantations pour les seuls usages de la voie d’eau, par l’entretien des plantations existantes, la prise en compte des spécificités locales (pins coupe-vent à Béziers Fonserannes), puis par la généralisation du platane dans de vastes campagnes de plantation.

Abondant localement, économique, exige peu d’entretien, le platane a été choisi également pour son système racinaire très développé qui assure une excellente tenue des berges et son feuillage imposant créé une “cathédrale d’ombre” bienfaisante pour la navigation, tout en limitant l’évaporation du miroir d’eau. 42 000 platanes ont été plantés sur les berges du canal du Midi, représentant 62 % du linéaire.

Devenus l’image emblématique du canal du Midi, les alignements de platanes ont notamment constitué l’un des critères qui ont permis l’inscription du canal du Midi par l’UNESCO, au Patrimoine mondial de l’humanité, le 7 décembre 1996. En 1997, le ministère de l’environnement classe l’ouvrage de Riquet et son système alimentaire au titre de la loi de 1930 sur la protection des Sites.

<p><strong>Le canal du Midi</strong>, un ouvrage patrimonial protégé</p>

Le chancre coloré du platane

Probablement introduit en France en 1945, le chancre coloré du platane est une maladie provoquée par un champignon microscopique – le “Ceratocystis platani” – qui s’attaque exclusivement aux platanes.

Pénétrant au cœur de l’arbre sain, il bloque les canaux de sève et le tue en 2 à 5 ans seulement. Le chancre coloré du platane est totalement inoffensif pour les animaux et les hommes. Il n’existe pas, à ce jour, de moyens permettant, à titres préventif et curatif, d’éradiquer la maladie du chancre coloré. La lutte contre la propagation de la maladie consiste à abattre les arbres concernés, dans le cadre de protocoles scientifiques précis.

Impact sur les plantations du canal du Midi

Le premier foyer de chancre coloré a été identifié, en 2006, sur les platanes du bief de Villedubert (Aude), sur le canal du Midi.

Voies navigables de France a immédiatement mis en œuvre les mesures de prévention obligatoires (arrêtés préfectoraux et national de lutte contre le chancre) et s’est entouré d’un conseil scientifique constitué d’experts, de services spécialisés auquel sont associés les services de l’État et autres collectivités ayant une expérience de la lutte contre cette maladie.

Le canal est un milieu particulièrement sensible. Le transport des spores par l’eau, les coques de bateaux, les chocs sur les racines pendant les manœuvres ou l’amarrage des bateaux directement aux arbres, malgré l’interdiction, sont autant de vecteurs de propagation du chancre.

L’action de VNF Sud-Ouest consiste à ralentir la propagation de la maladie et d’appliquer la réglementation en mettant en œuvre, dès qu’un foyer est détecté, de chantiers de neutralisation.

Sur le canal du Midi, on distingue 3 zones :

  • une zone peu touchée entre Toulouse et le Seuil de Naurouze : les quelques foyers détectés et traités depuis 2015 semblent contenus, malgré de nouvelles apparitions en 2018 (Gardouch, Castanet) ;
  • une zone “tampon” située entre Castelnaudary et Villedubert, aux foyers plus espacés, mais où la propagation s’intensifie;
  • une zone très contaminée, de Villedubert à l’Étang de Thau et sur le canal de la Robine, avec de nombreux foyers et beaucoup d’arbres contaminés.

Un projet de restauration des plantations pour le canal du Midi

Parallèlement à la lutte contre la propagation de la maladie, Voies navigables de France a élaboré un ’’ Cahier de référence pour une approche patrimoniale et paysagère des plantations du canal du Midi ’’ visant à restaurer le patrimoine arboré du canal. Ce document a reçu un avis favorable de la Commission supérieure des Sites, Perspective et Paysages a donné, le 27 septembre 2012.

L’ambition de ce projet paysager, partagé par tous les partenaires, est de restaurer le parc linéaire exceptionnel qui borde les canaux du Midi, de jonction et de La Robine, en veillant à varier les essences pour éviter le phénomène de pandémie tel que connu actuellement avec le platane. La liste des essences sélectionnée répond aux exigences, patrimoniales, paysagères et écologiques du canal du Midi.

Pour conserver son caractère unitaire au canal et créer des motifs paysagers cohérents avec la valeur des ouvrages, ce projet complexe s’articule autour de la plantation :

  • d’une essence ’’jalon’’, – le chêne chevelu – remplaçante du platane, plantée sur grandes sections et couvrant 40% du linéaire ;
  • d’essences choisies déjà éprouvées dans les régions traversées, s’intercalant entre le secteurs occupés par l’essence « jalon »;
  • de plantations spécifiques adaptées aux écluses et ouvrages.

Des projets paysagers sont élaborés, en partenariat avec les collectivités locales dans les zones urbaines où les interactions entre canal et espaces publics sont fortes.

Le montant de l’investissement est évalué à 200 M€, hors maîtrise d’œuvre, dont :

  • 68 M€ pour les abattages
  • 54 M€ pour les plantations
  • 72 M€ pour les reprises de berges
  • 6 M€ de mesures de protection

A ce jour, 60 M€ ont été investis par VNF avec le soutien des collectivités territoriales (Région Occitanie Pyrénées Méditerranée, Conseil départemental de l’Aude) et la contribution du grand public et du Club des Entreprises mécènes du canal du Midi au travers du Mécénat mis en place en 2013 par VNF au profit de la restauration des plantations du canal du Midi (6 M€).

VNF poursuit la lutte pour ralentir la propagation du chancre

Chaque année, des experts agréés mandatés par VNF procèdent à l’inspection de tous les platanes du canal des Deux Mers. Des prélèvements sont réalisés pour contrôles en laboratoire sur les platanes présentant les symptômes de la maladie. Le bilan permet le suivi de la propagation et la programmation des campagnes d’abattage.

Afin de limiter l’impact de ces campagnes sur la faune pouvant trouver abris dans les arbres (oiseaux, chauves-souris, …), les deux campagnes d’abattage sont programmées du 15 février au 15 avril, puis du 15 août au 15 novembre de chaque année.

VNF met également en place des mesures en faveur de la biodiversité telles que le suivi des chantiers par une équipe d’écologues, la pose de près de 2 000 nichoirs (rollier d’Europe, chauves-souris, chouettes, hiboux, …), ainsi que des études et la gestion de parcelles attenantes au canal à vocation de biodiversité.

Le démontage des arbres est réalisé par des entreprises spécialisées et agrées. Conformément à la réglementation, les résidus ainsi que les matériels et la zone d’intervention font l’objet de désinfection pour ne pas propager les spores. Les troncs, branches et feuillages sont brûlés sur place. Les périmètres proposés à l’abattage font l’objet de concertation avec chaque commune concernée au moment de la programmation des interventions. La restauration des berges dégradées se fait en utilisant des techniques douces, respectueuses de l’environnement et du patrimoine : pieux et tunages bois, utilisation de plantes dont le système racinaire ancre le sol, …

VNF remplace les platanes par de nouveaux arbres

Chênes chevelus, peupliers blancs, micocouliers, tilleuls ou cyprès remplacent progressivement les platanes sur le canal du Midi. Depuis 2011, les chantiers de plantations sont lancés chaque année, pendant la saison hivernale (décembre/avril).

A ce jour, plus de 10 500 nouveaux arbres ont été plantés, dont 2 800 lors de la campagne de l’hiver 2018-2019.

Les jeunes arbres sont entretenus sous garantie par les entreprises de travaux pendant 3 saisons (arrosages, tailles, surveillance globale…) et remplacés si nécessaire.

Les chiffres-clés

24 200 arbres abattus depuis 2006

10 500 arbres plantés depuis 2006

60 M€ investis dont 52 M€ par VNF, 6 M€ par le Mécénat et 2.4 M€ par les collectivités territoriales.

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